Ce musée unique en son genre dans le sud de la France est une réalisation due à Charles Noetinger (20/01/34 - 11/07/95), il continue de vivre aujourd'hui sous la responsabilité de ses enfants.Issu de l'école de l'air à Salon de Provence (Promotion 1956) et breveté pilote de chasse à l'école de Meknés,Charles Noetinger a choisi la Reconnaissance et a volé plus de 1000 heures à l'escadron 1/33 " Belfort " avant de devenir viticulteur au Mas Palegry en 1964.
EN 1974, lors d’un voyage en Italie, il découvre chez un casseur d’avions un REPUBLIC RF84F " Thunderflash "...Coup de foudre, il a volé durant cinq ans sur ce type d’appareil et cela ne s’oublie pas ! Il achète le RF au kilo, l’avion arrive par le train en pièces détachées l’année suivante.Au même moment, il fera construire un hangar à vocation agricole qui se transformera en abri pour l’avion. Aussitôt remonté et posé sur ses roues - les nouvelles vont vite en ce temps-là - d’autres avions viennent de partout.
l ira chercher un DE HAVILLAND " Vampire" à Quimper (une vraie expédition). La maquette échelle 1 du Mirage F1 arrivera de la Base Radar de NARBONNE sur une remorque, plus tard un FOUGA " Magister " de BORDEAUX et un petit MORANE SAULNIER 733 quitte CARCASSONNE pour prendre une retraite bien méritée auprès de ses compagnons d’arme. Un planeur Caudron C800 pour les amateurs de vol à voile.Sans oublier le MH 1521" Broussard " qui n’a pu être logé à l’intérieur par manque de place mais aussi le " Pou du Ciel ", construit en six ans par François BOYER à TOULOUSE, ce prototype à train tricycle a volé plus de 300 heures avant d’être remis au musée par son inventeur.
A travers ses souvenirs de pilote, Charles Noetinger a voulu donner le goût du rêve et de l'aventure aux jeunes et moins jeunes en leurs faisant découvrir le monde passionnant de l'aéronautique.
Les Souvenirs d'un pilote de " RF "
par Charles Noetinger
Parler du "R.F." après quatorze ans, lorsqu'on l'a piloté plus de 1000 heures et qu'il a été votre premier avion d'armes devrait être facile et pourtant c'est tout le contraire.Lorsque je vous aurai dit qu'il décollait entre 140 et 170 noeuds suivant son poids qui variait de 9 à 13 tonnes, qu'il n'en finissait plus de monter à 35 000 pieds, qu'il passait le Mach en plein piqué et qu'on le faisait une fois pour voir, que " clean " il montait à 45 000 ou 48 000 pieds entre Marignane et Besançon juste à temps pour réduire et descendre sur Luxeuil, qu'il touchait les roues à 135 noeuds, et que les missions duraient de 30 minutes à 2h30, plus souvent 1h20, vous saurez tout sur lui.Pour moi le " RF ", c'est la Reconnaissance des années 60 (56 à 66) puisque seule la 33ème escadre en possédait en France. Ensuite c'est resté l'avion du I/33 (avec la hache) dont je faisais partie, puisque cet escadron l'a conservé encore plusieurs années avant de recevoir ses Mirages III R. Et l'on parle bien peu souvent de la " Reco " en France, bien que ce soit un travail passionnant.Pour nous pilotes novices de l'année 59, le " RF " est un monument. Je me sens bien petit, le jour où je m'installe dans sa cabine pour la première fois. Pour tout bagage en guise de monoplace aprés Salon et en fin d'Ecole de Chasse, nous avions volé 35 heures sur des " Vampire " complètement vrillés et essoufflés, bien sympathiques par ailleurs, que ma promotion avait amené à leurs derniers vols.Trois heures de R.T.33 monoplace en arrivant en escadre, heureusement car faute de crédits, on avait oublié de nous lacher sur T33 à Méknès.
Le " RF " notre premier avion à ailes en flêche ... quelle surprise d'avoir à chercher si loin en arrière le bout de ses ailes et d'être si haut perché. Il est racé et ses deux gros bidons qui trainent au ras du sol lui donnent un air guerrier.Bien sûr, il est lourd et manque de puissance mais nous n'avions pas de quoi nous offrir des " Voodoo ". Alors on se contente de ce que l'on a, en apprenant à le connaître à fond grâce à l'expérience de la vieille garde des leaders " ORSA " dont certains sont nés avec un manche et une manette des gaz dans leur berceau.Il nous montrent comment le remuer dans tous les sens en nous faisant atteindre ses limites il faut avouer que c'est du solide, la Maison Republic.Il se pose vite, c'est vrai, et il faudra s'y habituer et je me souviens d'un jour où tout débutant, j'ai voulu faire une arrivée " Cravate " à Lahr car j'avais vu beaucoup de monde sur la terrasse du P.C, opération tellement cravate que j'ai laissé deux saignées trés discrètes dans la prairie avant l'over-run, juste le temps d'un bond, avant de me poser sur la piste, comme s'il m'avait échappé des mains.
Ce n'était vraiment pas le moment pour ce genre d'expérience !Les chasseurs riaient de notre collimateur fixe mais quelles merveilles de caméras nous portions dans le nez. Tout cela était étanche, climatisé avec plus de place qu'un break ID, et toutes les focales de 6 à 36 pouces en attendant les Omera et tous les axes de prise de vue avec en prime un splendide hypo scope qui permet une visée excellente vers l'avant et en dessous.Et puis c'est l'entraînement à la navigation avec de la manoeuvre et du combat au retour de mission. Il en faut des heures avant de savoir se servir d'une carte. Il faut beaucoup d'humilité aussi c'est facile de se perdre. A chaque vol, de toutes façons, on apprend quelque chose et on ramène des photos. J'en ai encore une belle série de " L' Arc de Triomphe au Carrousel " un jour de défilé sur Paris, comme charognard du dernier box, car on défile de temps en temps.
Il y a des missions dans l' A.D.I.Z. La frontière est comme un miroir, les traînées " Popovs " réfléchissant les nôtres, qu'on s'éloigne ou qu'on se rapproche.Les décollages " Jato " aussi avec ce coup de frein en l'air lorsque les bouteilles s'éteignent.En haut, il était " veau " et il était fréquent de se faire remonter par des RB 66 ou des Vautour à 35 000 qui finissaient leur passe en tonneau alors que nous étions en équilibre au bord du décrochage. Mais en bas, à nous le vol à 400 ou 450 Kts ou plus au ras des forêts, les arrivées tactiques, car nous avions le droit de voler officiellement à 500 pieds. Je crois avoir réveillé beaucoup de monde certains matins d'alerte ou d'exercices !Le pilote de Reconnaissance a le privilège de voler trés souvent seul dans le silence radio et encore le droit de s'émerveiller. Avoir le Mont-Blanc à portée de la main ou le " Forrestal " au bout du nez en plein piqué pour soi tout seul était bien agréable.Le " RF " c'est la fin des belles années du NATO avec les échanges d'escadrons et les voyages dans toute l'Europe. Angleterre - Belgique - Hollande - Allemagne ( avec un tour de TF 104 en prime) - Italie (mission " tempo bello " pour nous, " tempo crado " pour eux qui nous rendaient visite) - Grèce - Turquie où nous avons remontré pour la première fois depuis des dizaines d'années des cocardes françaises.
J'avais pu tourner une heure à 1000 pieds sur Istambul...Et l'Afrique du Nord avec parfois la course contre un vent de sable pour se poser à Ouargla et les passages sur Zeralda pour dire bonjour aux légionnaires.Le " RF " c'est aussi " Royal Flush " ce concours entre pilote Nato de Reco. En 64 tout le 1/33 y participa. Entre les 2ème et 4ème ATAF pour 4196 objectifs survolés par 212 pilotes nous étions 4 dans les 10 premiers (dont le premier qui était le lieutenant Arthur) ce qui prouvait un bon niveau d'entraînement. Mais tout cela n'aurait pu exister sans le travail de nos mécanos qui faisaient des miracles pour que " ça vole " et qui inventaient des machines extraordinaires d'astuce pour gagner quelques minutes dans le développement des films, et les contrôleurs qui nous ramenaient au ras des Vosges certains jours où personne d'autre ne volait.Et la preuve de mon attachement à cet avion et à tous ces souvenirs qu'il renferme, est que je n'ai pas pu résister à la tentation d'en sauver un de la casse pour le mettre à l'abri chez moi. Il ne bouge plus mais j'ai souvent rêvé qu'il décollait à nouveau et grâce à lui je pense souvent à tous mes camarades qui ne sont pas rentrés.Les avions sont des oeuvres d'art et le vol, si on l'aime est bien un moyen d'expression.
Les avions exposés ici ont voléet ont étés sauvés en mauvais état.Par manque de moyens, nous nous contentons dans un premier temps de les sauver de la destruction car les avions sont des oeuvres d'art.
à l'Extérieur du Musée, la visite commence devant un Fouga "Magister"
POTEZ AIR FOUGA / Instruction
et un "Broussard"
Max Holste / Transport
Dans le Musée, dés l'entrée, vous rentrez dans le monde des pilotes et de leurs fabuleuses machines…
Mirage F1 de Dassault
Marcel Dassault / Chasse et interception
RF 84 F Thunderflash
Republic Aviation Co/ Reconnaissance
Morane Saulnier 733 "Alcyon"
Morane Saulnier/Avion école